La démocratie guinéenne est-elle piégée ?, Afrobarometer, Septembre 2020

La démocratie guinéenne est-elle piégée ?, Afrobarometer, Septembre 2020

Auteur :  Aliou Barry

Organisation affiliée : Afrobarometer, Ghana Center for Democratic Development (CDD- Ghana), Stat View International

Site de publication : afrobarometer.org

Type de publication : Rapport

Date de publication : 15 Septembre 2021

Lien du document original

 

*Les Wathinotes sont des extraits de publications choisies par WATHI et conformes aux documents originaux. Les rapports utilisés pour l’élaboration des Wathinotes sont sélectionnés par WATHI compte tenu de leur pertinence par rapport au contexte du pays. Toutes les Wathinotes renvoient aux publications originales et intégrales qui ne sont pas hébergées par le site de WATHI, et sont destinées à promouvoir la lecture de ces documents, fruit du travail de recherche d’universitaires et d’experts.

 

NB: La publication de ce document a eu lieu avant le coup d’État en Guinée du 5 septembre 2021.

La Guinée vient d’adopter une nouvelle Constitution suite au référendum controversé du 22 mars 2020, qui a été couplé avec des élections législatives ayant conduit à la mise en place d’une nouvelle Assemblée Nationale. Ce double scrutin a été boycotté par bon nombre de Guinéens. La nouvelle Constitution.

Bien que sur le plan social la Guinée soit considérée comme un pays stable dans la sous- région, elle est souvent traversée par des troubles civiles importants et reste politiquement fragile. La faiblesse de la gouvernance et la sous-utilisation des ressources naturelles, pourtant nombreuses et diversifiées, ont abouti à faire de sa population une des plus pauvres du monde. Sur l’Indice de Développement Humain du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) (2019), la Guinée occupe la 174ième place sur 189. que le Président de la République est élu pour un mandat de six ans, renouvelable une fois.

L’ethnicisation de la vie politique touche les fondements de la démocratie et le fonctionnement des institutions de la nation, qui sont affaiblies par des interférences de tous genres (UNECA/Stat View, 2013).

Il faut noter que de 1958 à 2008, la Guinée n’a connu que deux présidents. Aucun d’entre eux n’a permis l’alternance démocratique à la tête de l’Etat. Partant de tous ces éléments, il faut donc craindre des violences pendant et après le scrutin, surtout en cas d’absence d’observateurs électoraux dépêchés par les organisations sous- régionales et internationales habilitées à cet effet.

Satisfaction du fonctionnement de la démocratie

La grande majorité (70%) des Guinéens ne sont pas satisfaits de la manière dont la démocratie fonctionne dans leur pays.

Etant donné l’ethnicisation de la vie politique en Guinée, nous désagrégions ces données par trois facteurs pertinents: 1) la perception ou non d’un traitement injuste sur la base de l’ethnie, 2) la langue la plus utilisée dans le ménage, et 3) la région de résidence.

La grande majorité (70%) des Guinéens ne sont pas satisfaits de la manière dont la démocratie fonctionne dans leur pays

Pour ce qui est de la langue la plus utilisée dans le ménage, les répondants parlant Maninka sont les plus satisfaits de la démocratie (55%, contre 13%, 11%, et 26%, respectivement, pour ceux qui parlent principalement Soussou, Poular, ou d’autres langues). L’une des raisons pourrait être le fait que le Président de la République soit de la communauté qui parle Maninka. Quant à la région de résidence, les répondants habitant dans celles de Kankan (54%), N’Zérékoré (49%), et Faranah (43%) sont les plus satisfaits de la démocratie guinéenne.

Représentativité de lAssemblée Nationale

En pensant à la manière dont les élections se déroulent en pratique dans leur pays, moins de la moitié (40%) des Guinéens estiment qu’elles assurent bien que les représentants à l’Assemblée Nationale reflètent les vues des électeurs. Par contre, la majorité parmi ceux habitant la région de Kankan (70%), ceux parlant Maninka (66%), et les nantis (56%) affirment que les élections garantissent la représentativité de l’Assemblée Nationale. Cette évaluation positive du fonctionnement des élections est moins fréquente parmi ceux qui voient un traitement injuste de leur groupe ethnique (25%) et ceux qui habitent en milieu urbain (33%).

Favoritisme pour les zones favorables au gouvernement

Pour quatre Guinéens sur 10 (39%), les communautés qui ne votent pas pour le parti au pouvoir souffrent « quelques fois », « souvent », ou « toujours » de conséquences négatives telles que le manque de soutien du gouvernement pour les services locaux ou les projets de développement.

Limitation des mandats 

En ce qui concerne plusieurs propositions de modifications des dispositions de la Constitution, plus de quatre Guinéens sur cinq (84%) sont d’accord avec celle instaurant la limitation de mandats pour les députés à l’Assemblée Nationale. De même, plus de trois quarts (76%) des Guinéens sont pour la limitation des mandats présidentiels à deux.

Pour quatre Guinéens sur 10 (39%), les communautés qui ne votent pas pour le parti au pouvoir souffrent « quelques fois », « souvent », ou « toujours » de conséquences négatives telles que le manque de soutien du gouvernement pour les services locaux ou les projets de développement

En Guinée, les élections sont souvent associées à la violence. Quatre Guinéens sur cinq (80%) pensent que la compétition entre les partis politiques conduit « souvent » ou « toujours » à des conflits violents.

Faiblesse des institutions

Plus de la moitié (54%) des citoyens pensent que le président ignore « souvent » ou « toujours » les tribunaux et lois du pays. Cette opinion est plus soutenue par ceux s’estimant avoir subi l’injustice ethnique (77%), ceux vivant en milieu urbain (65%), et les très pauvres (63%). En outre, presque la moitié (49%) des Guinéens estiment que le président ignore « souvent » ou « toujours » l’Assemblée Nationale et fait ce qu’il veut.

En Guinée, les élections sont souvent associées à la violence. Quatre Guinéens sur cinq (80%) pensent que la compétition entre les partis politiques conduit « souvent » ou « toujours » à des conflits violents

En politique, la liberté d’expression n’est pas encore totale. Plus de trois quarts (78%) des Guinéens estiment que les gens devraient « souvent » ou « toujours » faire attention à ce qu’ils disent en politique. Le pourcentage des Guinéens partageant cet avis est très élevé quelle que soit la catégorie socio-démographique considérée.

Devant la loi, les citoyens sont traités inégalement

A la question de connaitre la fréquence à laquelle les gens sont traités inégalement devant la loi, plus de trois Guinéens sur cinq (63%) déclarent que cela se passe « souvent » ou « toujours ». La majorité (58%) de Guinéens déclarent également que les officiels qui commettent des crimes restent « souvent » ou « toujours » impunis.

Quant au niveau de la démocratie dans leur pays, seulement deux Guinéens sur cinq (40%) estiment que c’est « une pleine démocratie » ou « une démocratie avec des problèmes mineurs ». Pour plus de trois quarts (77%) des Guinéens, la démocratie est préférable à toute autre forme de gouvernement. Cette affirmation est soutenue par la grande majorité des Guinéens quelle que soit la catégorie socio-démographique considérée.

 

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