Analyse du secteur de l’éducation et de la formation, République de Guinée, Avril 2019

Analyse du secteur de l’éducation et de la formation, République de Guinée, Avril 2019

Auteure : République de Guinée

Type de publication : Rapport

Date de publication : Avril 2019

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*Les Wathinotes sont des extraits de publications choisies par WATHI et conformes aux documents originaux. Les rapports utilisés pour l’élaboration des Wathinotes sont sélectionnés par WATHI compte tenu de leur pertinence par rapport au contexte du pays. Toutes les Wathinotes renvoient aux publications originales et intégrales qui ne sont pas hébergées par le site de WATHI, et sont destinées à promouvoir la lecture de ces documents, fruit du travail de recherche d’universitaires et d’experts

 

L’organisation générale du système d’éducation et de formation guinéen

Le système éducatif guinéen commence par l’enseignement préscolaire qui a pour objectifs de préparer les enfants à l’enseignement primaire tout en favorisant leur épanouissement. Il concerne les enfants de 3 à 5 ans pour un encadrement qui dure trois ans. Il est pratiqué dans les écoles maternelles et les centres d’encadrement communautaire.

L’enseignement primaire vise le développement des compétences de base chez l’enfant et le prépare au premier cycle du secondaire ou à une formation technique et professionnelle post-primaire. Depuis l’arrêté ministériel n° 1236/MEPU-A/CAB/2015 du 2 novembre 2015 visant à redynamiser l’accès après la maladie à virus Ebola, ce niveau d’enseignement peut désormais accueillir les enfants à partir de 6 ans au lieu de 7 ans auparavant pour une durée de scolarisation de six ans. Malgré cet arrêté, le Bureau des stratégies et du développement (MENA) considère toujours les 7-12 ans comme la population scolarisable et calcule par conséquent tous les indicateurs d’accès et de scolarisation sur cette base. Les niveaux d’enseignement sont le CP1, le CP2, le CE1, le CE2, le CM1 et le CM2 et le cycle est sanctionné par un certificat d’études élémentaires (CEE).

Depuis l’arrêté ministériel n° 1236/MEPU-A/CAB/2015 du 2 novembre 2015 visant à redynamiser l’accès après la maladie à virus Ebola, ce niveau d’enseignement peut désormais accueillir les enfants à partir de 6 ans au lieu de 7 ans auparavant pour une durée de scolarisation de six ans

Le premier cycle de l’enseignement secondaire vise à consolider les acquis de l’enseignement primaire et à préparer les élèves au second cycle du secondaire ou à une formation technique et professionnelle. L’âge officiel d’accès à ce niveau d’enseignement est de 13 ans. D’une durée de quatre ans, de la 7e à la 10e année, il est sanctionné par le BEPC.

Le second cycle de l’enseignement secondaire accueille les élèves titulaires du BEPC et a pour finalité de les préparer aux études supérieures. L’âge officiel d’accès est de 16 ans pour une durée de trois années. Il couvre les niveaux d’études de la 11e année à la Terminale. Il est sanctionné par le baccalauréat unique, diplôme requis pour accéder à l’enseignement supérieur ou à la formation technique et professionnelle de type B.

L’ENF cible les enfants jamais scolarisés ou déscolarisés âgés de 9 à 14 ans et dure trois ans, chaque année étant un niveau d’étude correspondant à chaque sous-cycle du primaire. À la fin de chaque niveau d’étude, chaque élève est évalué. Si ses connaissances sont jugées suffisantes et s’il le désire, il est orienté vers le formel. À la fin de la troisième année, l’élève choisit de passer soit l’évaluation de classe qui donne droit à une attestation en cas de réussite, soit le CEE.

L’alphabétisation concerne les adultes de 15 ans ou plus. Une campagne d’alphabétisation se déroule sur  une  année  et  comprend  les  phases  suivantes  :  la  sensibilisation  qui  dure  un  mois  et  la  phase d’alphabétisation proprement dite pendant sept mois, sanctionnée par une attestation d’alphabétisation. Les adultes ayant réussi suivent la phase de post-alphabétisation pour une durée de trois mois qui a pour objectif de consolider leurs acquis.

L’ENF cible les enfants jamais scolarisés ou déscolarisés âgés de 9 à 14 ans et dure trois ans, chaque année étant un niveau d’étude correspondant à chaque sous-cycle du primaire. À la fin de chaque niveau d’étude, chaque élève est évalué. Si ses connaissances sont jugées suffisantes et s’il le désire, il est orienté vers le formel

L’enseignement supérieur accueille les titulaires du baccalauréat et a pour but de mettre à la disposition du pays des cadres de haut niveau pour impulser le développement économique et social. La durée de l’enseignement supérieur, basé depuis 2008 sur le modèle licence/master/doctorat (LMD), varie de trois à sept ans. La formation universitaire est sanctionnée par le diplôme de licence (trois ans), même si certains établissements continuent de délivrer la maîtrise (quatre ans) et des diplômes d’études spécialisées (sept ans). Les formations post-universitaires concernent le master (cinq ans) et le doctorat (sept ans).

Dynamiques de croissance des effectifs dans le système

Si on isole l’année 2015 où, en raison de l’épidémie Ebola, tous les cycles ont vu leur effectif baisser, on note, à l’exception des centres NAFA, une évolution positive des effectifs scolarisés entre 2006 et 2016 avec toutefois des dynamiques différentes selon les cycles d’enseignement.

Sur  la  période  d’analyse,  le  nombre  d’enfants  préscolarisés  est  en  constante  augmentation,  passant  d’environ 89 000 enfants en 2007 à près de 236 000 en 2016. Entre 2007 et 2016, les effectifs scolarisés dans le sous-secteur ont été ainsi multipliés par 2,7. La dynamique dans le secteur est essentiellement portée par l’offre privée suivie de l’offre communautaire. En effet, avec près de 205 000 enfants scolarisés en 2016, le secteur privé représente 87 % des effectifs scolarisés en 2016, une proportion légèrement inférieure à sa valeur de 2007. L’offre communautaire, en pleine expansion, a vu ses effectifs multipliés par 3 sur la période, passant d’un peu plus de 10 000 élèves en 2007 à environ 30 000 en 2016.

Sa part des effectifs est passée ainsi de 11 % en 2006 à 13 % en 2016. Quant à l’offre publique, elle est quasiment inexistante et se limite à deux établissements situés à Conakry, accueillant en 2016 702 élèves, soit 0,3 % des effectifs préscolarisés du pays.

Dans le primaire, les effectifs ont également augmenté régulièrement et ont été multipliés par 1,4 entre 2006 et 2016, passant de 1 258 038 à 1 776 560. Malgré une augmentation plus rapide des effectifs scolarisés  dans  le  privé  (facteur  multiplicateur  de  1,8)  et  dans  les  écoles  communautaires  (facteur multiplicateur de 2,5), les pouvoirs publics demeurent le principal fournisseur des services dans le secteur avec 69 % des effectifs scolarisés (1 232 228 élèves) en 2016 contre 76 % des effectifs scolarisés en 2006 (958 933 élèves).

Entre 2006 et 2016, les effectifs du collège ont augmenté de 32 %, passant de 356 456 élèves en 2006 à 471089 en 2016. Toutefois, depuis 2014, les effectifs scolarisés dans le cycle diminuent annuellement avec une réduction globale de 3 % entre 2014 et 2016 et ceci aussi bien dans l’enseignement public que dans le privé. Par ailleurs, sur la période, les effectifs n’ont progressé que de 3,6 %, passant de 297 489 élèves à 308 162 (alors que, sur la même période, le réseau des établissements publics a été augmenté de 43 % en passant de 401 à 572), alors que ceux du privé ont été multipliés par 2,8 et se situent à 162 927 élèves en 2016 contre 58 967 dix ans plus tôt.

Les effectifs du second cycle de l’enseignement général ont connu la même évolution que ceux du premier cycle, une augmentation sur la période 2006-2016, avec une légère diminution entre 2014 et 201642. Les effectifs  sont  ainsi  passés  de  121  908  élèves  en  2006  à  202  544  en  2016. Cette  évolution  globale  se caractérise par une diminution de 1,3 % (100 242 élèves en 2006 contre 98938  en  201643)  des  effectifs  scolarisés dans le public, alors que ceux du privé ont été multipliés par 4,8 en passant de 21 666 en 2006 à un peu plus de 103 000 en 2016. Cette évolution spectaculaire du privé a pour conséquence que ce dernier représente plus de la moitié (51 %) des effectifs scolarisés en 2016 contre seulement 18 % en 2006.

Le nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur a augmenté de 49 % entre 2007 et 2016, passant de 68 261 à 101 439. Cette dynamique est portée par le secteur privé, dont les effectifs ont été multipliés par 13 entre 2008 et 2016 alors que les effectifs du public diminuaient de 22 % sur la période. Une telle augmentation des effectifs dans le privé, combinée à une diminution des inscrits dans le public, fait que la part des étudiants scolarisés dans le privé atteignait 46 % en 2016 contre seulement 5 % huit ans plus tôt. Le rapide développement du privé, en partie grâce aux subventions de l’État, doit être questionné par rapport à sa complémentarité avec l’offre publique.

Le statut scolaire des 5-24 ans, les jeunes en dehors du système scolaire et l’évolution de l’offre éducative

Comme mentionné supra, l’arrêté ministériel n° 1236/MEPU-A/CAB/2015 du 2 novembre 2015, visant à redynamiser l’accès après la maladie à virus Ebola, autorise  désormais  les  écoles  primaires  publiques  à accueillir les enfants à partir de 6 ans au lieu de 7 ans auparavant. S’il faudra un peu de temps pour apprécier les résultats d’une telle décision, il est intéressant de noter que même à l’âge de 7 ans, très peu d’enfants guinéens vont à l’école. D’après le MICS 2016, si 56 % des inscrits au CP1 au cours de l’année scolaire 2015/2016 avaient entre 5 et 7 ans, ils étaient à peine 30 % à avoir l’âge officiel, et 44 % avaient plus de 7 ans. Ainsi, si on a des entrées précoces dans le système, il existe également une proportion importante d’élèves en retard sur l’âge officiel soit parce qu’ils sont inscrits pour la première fois à l’école après l’âge de 7 ans ou pour cause de redoublements.

D’après le MICS 2016, si 56 % des inscrits au CP1 au cours de l’année scolaire 2015/2016 avaient entre 5 et 7 ans, ils étaient à peine 30 % à avoir l’âge officiel, et 44 % avaient plus de 7 ans

Le deuxième résultat fort qui ressort des données du MICS est le faible niveau d’instruction de la jeunesse et du capital humain de la Guinée de façon générale. En effet, parmi les 5-24 ans, 40 % n’ont jamais été scolarisés avec des taux de non-scolarisation plus élevés chez les moins de 8 ans, conséquence de l’entrée tardive des enfants guinéens à l’école et chez les plus de 18 ans, en partie à cause du faible développement du système éducatif guinéen il y a de cela quelques années.

Entre 2006 et 2017, l’offre scolaire dans l’enseignement primaire est passé de 6 815 établissements fonctionnels à 9 559, soit une augmentation de 40 % en dix ans. Quant aux établissements publics et communautaires, ils sont passés de 5 331 à 7 357 sur la même période, soit une augmentation de 38 %. Toutefois, la proportion d’établissements n’offrant pas les six niveaux d’études, malgré une légère diminution entre 2006 et 2016, reste à un niveau encore très élevé. En effet, en 2016, 70 % des établissements du primaire, au niveau national (scolarisant 34 % des élèves) étaient des écoles incomplètes, contre 66 % des établissements (scolarisant 39 % des élèves) en 2006.

Le niveau des acquisitions des élèves

L’objectif  des  évaluations  EGRA  administrées  à  un  échantillon  d’élèves  de  deuxième  année  est  de savoir dans quelle mesure ils maîtrisent différentes compétences liées à l’apprentissage du français. Si on note une évolution dans le score moyen entre 2014 et 2016, les élèves du CP2 ont en moyenne un niveau très faible avec un score moyen en 2016 de 39 sur 100 contre 24 sur 100 en 2014. Si, en moyenne, sur l’ensemble de l’évaluation, près d’un tiers (32 %) des élèves a un niveau très faible, c’est-à-dire qu’ils ont trouvé moins de 25 % de bonnes réponses, la proportion des élèves en grande difficulté varie fortement en fonction des domaines de compétences.

Entre 2006 et 2017, l’offre scolaire dans l’enseignement primaire est passé de 6 815 établissements fonctionnels à 9 559, soit une augmentation de 40 % en dix ans

Si, en moyenne, sur l’ensemble de l’évaluation, près d’un tiers (32 %) des élèves a un niveau très faible, c’est-à-dire qu’ils ont trouvé moins de 25 % de bonnes réponses, la proportion des élèves en grande difficulté varie fortement en fonction des domaines de compétences. Alors qu’en 2011, environ un élève sur cinq réussissait cet examen, cette proportion monte à 43 % deux années plus tard avant de redescendre en 2014 à 32 %.

Les conditions d’enseignement

Dans l’enseignement primaire, si la proportion moyenne de redoublants est de 12 %, elle n’est que de 7 % dans les écoles privées contre 13 % dans les établissements publics. L’organisation pédagogique et l’encadrement des élèves dans les deux types d’établissement pourraient notamment expliquer cette différence. Alors que le nombre moyen d’élèves par groupe pédagogique est de 38 dans les écoles privées et qu’en moyenne un enseignant a la charge de 38 élèves, dans les établissements publics, le nombre moyen d’élèves par groupe pédagogique est de 43 et le REM moyen est de 56.

Les écoles publiques disposent toutefois en moyenne de plus d’enseignantes et les enseignants sont plus qualifiés que dans les écoles privées. Les femmes représentent en effet 30 % des enseignants travaillant dans le public (contre 20 % d’enseignantes dans les écoles privées), la proportion d’enseignants qualifiés est en moyenne de 87 % dans le public et 53 % dans le privé.

En ce qui concerne les équipements de base, seulement 23 % des établissements publics disposent d’un point d’eau contre 77 % des établissements privés. 69 % des établissements publics disposent de latrines fonctionnelles contre 95 % des établissements privés.

La localisation géographique

À partir du score moyen obtenu par les élèves par région, il était déjà évident, intuitivement, de conclure à une influence de la région d’appartenance sur le niveau des élèves. Cette intuition est confirmée par l’analyse économétrique. Le score moyen de la région de Mamou, toutes choses égales par ailleurs, est inférieur de 2,7 points à celui de Conakry, alors que les régions les plus performantes sont celles de Boké et N’Zérékoré qui affichent respectivement un score moyen supérieur de 12 et 8 points à celui de Conakry. Toutes les autres régions obtiennent un score moyen plus élevé que celui de Conakry.

La gestion des ressources humaines du système, un focus sur les enseignants en situation de classe

Globalement,  trois  catégories  d’enseignants  cohabitent  au  sein  du  système  éducatif  guinéen  :  les fonctionnaires ayant un contrat à durée indéterminée avec l’État, les contractuels de l’État avec des contrats à durée déterminée et, enfin, les enseignants communautaires ou vacataires, recrutés localement en  fonction  des  besoins  au  sein  des  écoles.

Le nombre d’enseignants du public a crû à tous les niveaux d’enseignement avec toutefois une augmentation plus importante dans le supérieur : en moyenne 10 % entre 2006 et 2016 alors qu’il n’a crû qu’à un rythme de 1 % en moyenne annuelle dans l’EFTP, 2 % dans le primaire et 3 % dans le secondaire général. Quant aux dynamiques à l’intérieur des enseignements pré-universitaires, on note une disparition progressive du corps des enseignants contractuels de l’État au profit du corps des fonctionnaires, et un recours plus important aux enseignants communautaires dans le primaire et aux contractuels locaux dans le secondaire général et l’EFTP. En effet, dans l’enseignement primaire, alors qu’en 2006 les fonctionnaires représentaient 40 % des enseignants, en 2016, trois enseignants sur quatre (75 %) étaient des fonctionnaires. Dans le même temps, la proportion des contractuels de l’État a drastiquement diminué, passant de 54 % en 2006 à 3 % en 2016 pour cause de leur intégration dans le corps des fonctionnaires.

L’École normale d’instituteurs (ENI) et l’Institut supérieur des sciences de l’éducation de Guinée (ISSEG) sont  les  deux  structures  publiques  qui  ont  en  charge  la  formation  des  enseignants  en  Guinée.  L’ENI  s’occupe de la formation des enseignants du primaire et l’ISSEG de celle des professeurs de l’enseignement secondaire. L’accès à ces écoles se fait par concours, avec une scolarité de deux ans. Les élèves qui réussissent l’examen final sont considérés comme qualifiés pour exercer le métier d’enseignant.

Le recrutement est désormais ouvert à toute personne titulaire du diplôme académique exigé pour le niveau d’enseignement et pas nécessairement titulaire du diplôme professionnel

Jusqu’en 2000, le concours de la fonction publique pour recruter des enseignants était ouvert aux seuls titulaires de ces diplômes professionnels. Suite aux revendications syndicales, ce principe a été assoupli. Le recrutement est désormais ouvert à toute personne titulaire du diplôme académique exigé pour le niveau d’enseignement et pas nécessairement titulaire du diplôme professionnel. Par ailleurs, le recours aux enseignants payés par les communautés et aux vacataires a conduit à ce que se côtoient dans les classes des enseignants ayant une qualification professionnelle en pédagogie et des enseignants sans qualification professionnelle mais avec le niveau académique requis pour enseigner (du moins en théorie).

Dans le primaire et le secondaire général, on estime respectivement à 25 % et à 48 % les enseignants non qualifiés dans les classes avec des différences significatives en fonction du statut de l’école et des régions. Dans l’enseignement primaire, la proportion des enseignants non qualifiés est de 13 % en moyenne dans les écoles publiques et communautaires (11 % dans le public, 57 % dans les écoles communautaires) et de 47 % dans le privé.

 

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