Dans la région de Labé, la violence a pris des proportions graves

Dans la région de Labé, la violence a pris des proportions graves

Les entretiens de WATHI – Les régions de la Guinée

Salmana Diallo

Salmana Diallo est socio-anthropologue et enseignant-chercheur. Il est le chef du département Sociologie à l’Université Amadou Dieng, campus de Labé en Guinée.

Quel regard portez-vous sur la violence à Labé ?

Pour commencer, il convient de définir ce qu’on entend par violence. On peut retenir que la violence est l’utilisation de force ou de pouvoir, physique ou psychique, pour contraindre, dominer, tuer, détruire ou endommager. Elle implique des coups, des blessures, de la souffrance, ou encore la destruction de biens humains ou d’éléments naturels.

Il faut rappeler que la violence au regard du sociologue peut être normale ou pathologique. Elle est normale lorsque sa proportion est raisonnable et en raison de son universalité. Mais elle devient pathologique lorsque la fréquence de sa production devient inquiétante, en dépassant la limite du raisonnable.

Dans notre société aujourd’hui, elle dépasse le raisonnable. La violence prend ainsi plusieurs formes dans la région de Labé et ailleurs en Guinée. Parmi ses formes, il y a la violence perpétrée pour  dérober des biens (vol de motos, dégradation de biens) ; la violence sur les personnes (coups et blessures, kidnapping, viols, séquestration, etc.). En dehors de ces deux formes, il y a d’autres actes de violences qui se produisent lors des manifestations politiques ou sociales (destruction des édifices publics, tortures, assassinats, privation de libertés, etc.).

Cette dernière catégorie peut concerner aussi bien les citoyens que l’Etat lui-même (violence d’Etat ou politique). Il y a des lieux où ce type de violence est récurrent par rapport à d’autres, c’est le cas des écoles (violence scolaire), les foyers (violence conjugale, traitres des enfants, etc.). Plusieurs actes de violences se manifestent dans l’espace public (manifestations politiques violentes) ou dans des lieux isolés (vol de motos, agressions dans des endroits obscurs ou peu fréquentés).

Récemment, le viol et l’assassinat d’une jeune fille dans le quartier de Boleya à Labé, l’agression de cambistes, le vol de taxi-moto, sont autant d’exemples d’actes de violences qui ont récemment marqués la ville de Labé.

Quelles sont les causes de ces actes de violence dans la région ?

Les causes ou facteurs peuvent être d’ordre politique, social ou économique, en partant de l’arbre à problème. Sur le plan politique, l’instrumentalisation des populations en période électorale ou de crise peut conduire à des affrontements à relent communautaire (ethnique ou religieux). D’autant plus que les partis politiques ont une base communautaire ou régionaliste.

Les causes sociales sont liées à des inégalités sociales qui s’illustrent par l’exclusion dans la répartition des biens sociaux ou la distribution des ressources nationales. Il y aussi un déficit d’éducation ou de socialisation qui s’explique par la déficience des canaux de socialisation. Les circonstances d’ordre social peuvent aussi expliquer ces violences, notamment par la récurrence des violences depuis la moitié des années 2000 en Guinée. A cela s’ajoute l’image que renvoient les forces de défense et de sécurité, comme des acteurs dont le rôle est d’exercer la violence sur des tiers. Cette perception favorise la violence aussi bien du côté des civils que des corps habillés. Sur le plan économique, les inégalités, le manque d’emploi, créent un sentiment de frustration vis-à-vis de l’Etat qui peine à jouer son rôle d’insertion et d’ascenseur social.

Quelles sont les conséquences des actes de violences ?

Les conséquences induites par ces violences sont bien visibles. Elles sont de plusieurs ordres. La détérioration du vivre-ensemble est perceptible à travers la méfiance entre les citoyens en fonction de leurs origines. Il y a également la pauvreté (biens détruits), le recul de la démocratie (absence de cadre d’expression pacifique des intérêts et différends), la justice populaire (vendetta), la fuite des investisseurs, etc.

Quelles solutions pouvez-vous proposer pour lutter contre la violence ?

Plusieurs pistes de solution sont envisageables pour freiner l’allure de la violence dans la région. Il faut favoriser la justice sociale, c’est-à-dire une certaine équité entre les citoyens. C’est d’ailleurs une fonction de l’Etat pour réduire les inégalités entre les populations. Il y a également le renforcement de l’éducation des populations notamment l’éducation civique et morale pour faire comprendre aux enfants que la violence est une pathologie sociale, une forme de déviance.

Il faut aussi insister sur la socialisation/intégration des populations, en renforçant le lien social, la sociabilité. Le volet économique est également à prendre en compte en renforçant l’employabilité des personnes, surtout les jeunes, donc favoriser l’accès à l’emploi. Sur le plan politique, il faut promouvoir une culture politique démocratique, incluant la tolérance et la non-violence. Ces recommandations, si elles sont suivies pourraient réduire de façon drastique les cas de violences dans nos communautés, dans nos régions et plus généralement dans notre pays.


Crédit photo : guineematin.com

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