Économie guinéenne : les femmes comme actrices majeures

Économie guinéenne : les femmes comme actrices majeures

Ramatoulaye Diallo

La Guinée est un pays côtier de l’Afrique de l’Ouest (483 km de littoral atlantique) partageant des frontières avec six autres pays (Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Libéria, Sierra Léone et le Sénégal). Elle s’étend sur une superficie de 245.857 Km2 pour une population estimée à plus 12 millions d’habitants en 2018. La Guinée présente de très nombreux atouts naturels : façade maritime longue de plus 300 km, un important potentiel hydrologique (« château d’eau » d’Afrique occidentale) et agricole, un sous-sol particulièrement riche en minerais (1ère réserve mondiale de bauxite soit 1/3 du total).

Le secteur primaire représente 18% du PIB contre 36% pour le secteur secondaire principalement dominé par les activités minières et 46 % pour le secteur tertiaire. La Guinée demeure au bas du classement de l’Indice de développement humain (IDH), occupant le 175ème rang sur 189 pays en 2018. Par ailleurs, l’économie reste encore largement informelle avec une part estimée à plus de la moitié du PIB. L’emploi informel occuperait près de 70% de la force de travail du pays.

La Guinée fait partie des pays où les femmes occupent une place importante dans l’économie du pays, en grande partie grâce à leur implication dans le secteur informel. Le nom « Guinée » est tiré du soussou (une des langues les plus parlées dans le pays). Il désigne « djinèe »  qui signifie « femme ». La légende raconte que des marins portugais demandaient le nom du lieu où ils avaient débarqué à des habitantes de la côte. Comprenant la question de travers, elles auraient répondu qu’elles étaient des femmes (djinèe).

La population guinéenne active est surtout accentuée par la présence des femmes et des filles. Elles représentent un maillon essentiel dans la production des biens et services. Elles constituent l’un des piliers de la nation guinéenne dans tous les secteurs qui participent au développement :

La population guinéenne qui compte 12 millions d’habitants est constituée de 52% de femmes avec un taux de 80% d’analphabètes. Lorsqu’il est question de développement, il est nécessaire de souligner l’importance de chaque participant au processus. Et c’est dans ce cadre que parler de l’impact des femmes dans l’économie est une façon de reconnaitre leur pouvoir dans ce domaine. Elles s’investissent dans tous les secteurs autant qu’elles peuvent en y apportant leur génie.

Dans chaque processus de développement auquel elles sont impliquées, même à un taux faible, elles contribuent de façon considérable à l’avancée socio-économique de la Guinée. Elles constituent le socle de l’économie nationale. Leur participation aux efforts de lutte contre l’insuffisance alimentaire est inestimable, notamment dans le secteur agricole avec 80% de main d’œuvre. Ces activités agricoles sont pratiquées en grande partie par les femmes dont 85% vivent en zone rurale.

Elles consacrent 80% de leur temps de travail à l’agriculture, un des secteurs les plus dominants de l’économie guinéenne. Elles représentent 53,3% de la main d’œuvre agricole alors qu’elles sont en majorité analphabètes et ignorent leurs droits

L’agriculture participe à 30% dans la constitution du produit intérieur brut (PIB). Les femmes sont plus représentées que les hommes dans le secteur agricole, soit 87% de la population active féminine. Elles consacrent 80% de leur temps de travail à l’agriculture, un des secteurs les plus dominants de l’économie guinéenne. Elles représentent 53,3% de la main d’œuvre agricole alors qu’elles sont en majorité analphabètes et ignorent leurs droits.

Dans la pêche, elles sont présentes dans tout le processus de commercialisation des produits halieutiques de la transformation à la vente. Dans l’élevage, elles produisent, transforment et commercialisent les produits laitiers. Elles sont nombreuses dans l’exploitation minière, la production et la vente dans le milieu artisanal (confection de vêtements, chaussures…), la restauration, la coiffure, l’esthétique et le commerce, secteur où leur présence est plus forte après celui agricole.

Par ailleurs, il est aussi reconnu que les femmes jouent un rôle important dans la préservation de l’environnement tout comme dans le processus de la réduction de la pauvreté, en raison du lien de causalité entre la pauvreté et la dégradation de l’environnement.

Étant donné que les femmes sont majoritairement actives dans le secteur informel, elles échappent aux statistiques. Malheureusement, le secteur informel ne bénéficie d’aucune réglementation juridique ni de protection sociale, ce qui fait que les femmes sont exposées à beaucoup de risques liés à ce domaine

Les femmes au foyer ne sont pas en reste dans la participation à l’économie du pays. Des chiffres indiquent que les actions de Dans tous ces secteurs, le peu qu’elles gagnent au quotidien est consacré à l’entretien de la famille et à l’éducation des enfants, comme pour dire qu’elles tiennent et maintiennent l’équilibre de vie et du développement en Guinée.

Les femmes, qui représentent tout de même 54,31% de la population active du pays, n’ont d’autres choix que de s’investir dans l’économie populaire pour subvenir aux besoins vitaux de leurs familles. Il est difficile d’établir une comparaison avec les hommes ou même de discuter sérieusement de la situation particulière des femmes dans le secteur informel, compte tenu du manque d’information. Des données éparses permettent quand même de confirmer leur forte présence dans le domaine des services.

Étant donné que les femmes sont majoritairement actives dans le secteur informel, elles échappent aux statistiques. Malheureusement, le secteur informel ne bénéficie d’aucune réglementation juridique ni de protection sociale, ce qui fait que les femmes sont exposées à beaucoup de risques liés à ce domaine. Elles n’ont pas de fonds consistants pour l’exercice de leurs activités. Le manque d’organisation et de structuration du secteur les rend plus vulnérables.

Une prise en compte plus grande de l’implication des femmes par les autorités s’impose en vue de donner une plus grande portée aux politiques liées au genre

C’est dans ce cadre qu’elles développent des activités génératrices de revenu avec la création de Mutuelles financières des femmes africaines (MUFFA) ou des micro-banques de femmes gérées par les femmes pour les femmes. Elles s’affirment aussi à travers des organisations formelles de commercialisation de plus en plus reconnues au niveau national.

Tout cela démontre l’implication mais surtout la reconnaissance des femmes comme actrices majeures de l’économie guinéenne.  Il faut savoir que même si ces femmes n’ont pas toute la reconnaissance qui leur est due, elles sont au front tous les jours pour subvenir aux besoins quotidiens de leurs familles. Qu’elles soient au milieu de la chaine de production ou à la fin, il n’en reste pas moins que sans elles, l’économie resterait bloquée, serait au ralenti ou connaitrait des dysfonctionnements car elles sont travailleuses, entreprenantes, créatives et cela compte dans la volonté de tout État à vouloir s’épanouir.

Cependant, il y a lieu de déplorer le fait que, dans les instances de décisions, les femmes sont écartées ou ne sont pas suffisamment représentées. On gagnerait mieux à leur apporter tout le soutien et leur accorder la place qu’elles méritent. La vie économique et sociale ne s’en portera que mieux.  Ainsi, une prise en compte plus grande de l’implication des femmes par les autorités s’impose en vue de donner une plus grande portée aux politiques liées au genre.

Associer les femmes et les hommes dans les divers milieux professionnels ne ferait que créer une abondance de la main d’œuvre en faveur d’une Guinée prospère. Somme toute, la Guinée regorge des ressources de toutes sortes, mais peine à trouver le lien qui unirait sa population pour enfin la faire décoller. La Guinée est-elle prête à figurer parmi les pays en Afrique où les droits économiques des femmes sont les mieux respectés ? C’est toute la question.

 


Crédit photo : afriquebusiness.info

Ramatoulaye Diallo

 

Ramatoulaye Diallo est titulaire d’un Master en Science politique, relations internationales- géostratégie à l’Institut supérieur de management (ISM) de Dakar. Activiste dans la vie associative, elle est la fondatrice de l’entreprise DIMEDIYA dont l’objectif est de promouvoir les droits des enfants à travers des évènements ludiques, éducatifs et instructifs.

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