Élection présidentielle en Guinée : entretien avec Mamoudou Cifo Ke Touré, le directeur de campagne du candidat Mandiouf Sidibé

Élection présidentielle en Guinée : entretien avec Mamoudou Cifo Ke Touré, le directeur de campagne du candidat Mandiouf Sidibé

Dans le cadre de l’initiative sur l’élection présidentielle en Guinée, WATHI est allé à la rencontre de Mamoudou Cifo Ke Touré, directeur de campagne du candidat Mandiouf Sidibé de l’alliance pour les Forces du Changement (AFC). Dans cet entretien, il évoque le parcours et l’engagement politique de son candidat et revient sur les mesures phares de son programme. *Entretien réalisé par Ramadan Diallo, consultant de WATHI sur le projet Élection en Guinée

Le parcours personnel du candidat

Mandiouf Sidibé est né le 1er mai 1951 à Conakry. Il a fait ses études primaires et secondaires à Dubreka avant d’obtenir son bac au lycée Donka à Conakry. Diplômé de la Faculté de médecine de Conakry (Promotion Samory Touré), il exerça d’abord à l’hôpital préfectoral de Fria, puis au CHU Ignace Deen avant de s’exiler en France en 1982.

Durant ses 17 années en France, il s’est spécialisé en Gynécologie obstétrique (Université de Tours) et obtint une Attestation de formation spécialisée approfondie en Gynécologie obstétrique (AFSA) à l’Université de Tours. Il est détenteur de 5 diplômes universitaires en médecine : stérilité (Université de Tours), Sexologie (Université Paris-Nord), Échographie Générale (René Descartes Paris), Cœlioscopie (Aix-Marseille II) et Hystéroscopie (Aix-Marseille II).

Mandiouf Sidibé a décidé de faire de la politique, car il a constaté qu’en Guinée il y’a un manque d’infrastructures de qualité dans tous les domaines

Après 10 ans d’exercice en France, Monsieur Sidibé retourna en Guinée en 1998 et travailla ensuite comme expert avec un financement de l’Union européenne à l’Hôpital régional de la ville de Kankan, où il réside depuis 1999. Impliqué dans les questions de santé et de jeunesse grâce à son ONG Ébène Ivoire et dans la lutte contre la mortalité maternelle et infantile à travers l’ONG Comité Guinéenne de lutte contre la mortalité maternelle et infantile, Mandiouf Sidibé est jusqu’à ce jour un acteur qui œuvre pour les populations guinéennes.

Il a créé à Cobaya à Conakry, le premier Centre d’assistance médicale à la procréation, qui est le premier du genre en République de Guinée. Il a dirigé pendant trois ans le principal club de la Haute Guinée, le Milo FC, avant de le privatiser. Aujourd’hui, le docteur Sidibé est, au-delà de la clinique qu’il gère, le président de l’Ordre préfectoral des médecins et président du Conseil préfectoral de la riposte à la COVID-19. Passionné de mots, il a publié plusieurs romans à la maison d’édition L’Harmattan – Guinée.

Qu’est-ce qui fonde l’ambition du candidat Mandiouf Sidibé à vouloir être président de la République de Guinée ?

Tout est parti d’un constat alarmant sur les conditions de vie précaire des populations guinéennes. Mandiouf Sidibé a décidé de faire de la politique, car il a constaté qu’en Guinée il y’a un manque d’infrastructures de qualité dans tous les domaines (précarité du système de santé, insuffisances institutionnelles, banalisation et négligence du système éducatif guinéen, manque de confiance entre les gouvernants et gouvernés et abandon de la jeunesse) et qu’en plus de cela il y a l’usage de l’ethno-stratégie par une élite sans scrupule, à la recherche exclusive du gain. La candidature de Mandiouf part du peuple pour aboutir au peuple.

Quelles sont vos mesures phares dans le domaine de l’éducation, de la santé et de l’emploi des jeunes ?

Au niveau de l’éducation, Mandiouf Sidibé s’engage s’il est élu à rendre l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous. À côté de cela, nous organiserons les états généraux comme prévu dans notre programme pour faire en sorte qu’il y ait une certaine adéquation entre la formation et l’emploi.

Nous allons aussi permettre et favoriser la formation continue des formateurs en Guinée. Ensemble, nous allons renforcer la citoyenneté par l’amélioration des programmes de cours, la construction des bibliothèques, la promotion des médias privés et communautaires et garantir l’accès à la fonction publique par voie de concours.

Au niveau de l’éducation, Mandiouf Sidibé s’engage s’il est élu à rendre l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous

Pour ce qui est de l’emploi des jeunes Mandiouf Sidibé fera en sorte que les jeunes qui représentent 63% de notre population soient les plus nombreux dans son administration. À ce niveau, il s’engage à bien former les jeunes à travers la réforme du système éducatif, des lycées techniques et de l’enseignement professionnel.

Il s’engage aussi à travailler en commun accord avec les multinationales et les entreprises pour offrir des stages aux moins de six mois, à tous les étudiants sortant des universités. Il est important de souligner que de tous les douze candidats, c’est le seul à avoir pris pour directeur de campagne un jeune de 27 ans, pour piloter sa campagne. Cela prouve que les jeunes sont et resteront une priorité pour lui.

Pour ce qui est de l’emploi des jeunes Mandiouf Sidibé fera en sorte que les jeunes qui représentent 63% de notre population soient les plus nombreux dans son administration

Étant le seul médecin des douze candidats engagés dans cette course et maitrisant bien le secteur de la santé, il s’engage à trouver une couverture sociale pour la femme dès le début de la grossesse jusqu’à l’accouchement et une couverture sociale pour l’enfant de sa naissance jusqu’à l’âge de 15 ans.

Il va aussi continuer la formation du personnel et faire en sorte que le système sanitaire guinéen soit fondé sur le serment d’Hippocrate avec pour règle d’or « guérir avant de réclamer son salaire ». La gratuité de la césarienne sera effective, l’assurance-maladie se fera pour tous les guinéens et il cherchera des fonds d’aide médicale qui vont être consacrés aux personnes ou aux malades démunis n’ayant pas de moyens. 

Quelles seront vos trois priorités dans le domaine de la gouvernance et des institutions ?

Notre première priorité sera d’abord, le renouvellement de toute la classe dirigeante guinéenne pour vieillissement, incompétence, abus d’autorité et manque de neutralité. Nous allons supprimer les postes superflus et budgétivores comme celui du haut représentant du chef de l’État et des ministres conseillers pour constituer une équipe restreinte de 22 personnes (11 hommes et 11 femmes).

Il procèdera à la nomination d’un président du Conseil d’administration de la Banque centrale autre que celui du gouverneur, la réforme à travers les états généraux de tous les secteurs (l’éducation, la santé, l’agriculture, la sécurité, l’élevage, du commerce et de l’industrie).

Nous allons supprimer les postes superflus et budgétivores comme celui du haut représentant du chef de l’État et des ministres conseillers pour constituer une équipe restreinte de 22 personnes (11 hommes et 11 femmes)

Notre deuxième axe prioritaire portera sur la justice. La justice sera le cœur de notre gouvernance, car l’injustice attise la haine.  Nous ferons en sorte qu’il y ait une union entre les forces de sécurité et la justice, car la justice sans la force est impuissante et la force sans la justice est tyrannique. Nous allons assurer la sécurité des personnes et de leurs biens, assurer l’indépendance totale des cours et tribunaux, créer la Haute Cour de justice et assurer l’indépendance de toutes les institutions en République de Guinée.

Pour ce qui est de l’économie, troisième axe prioritaire, nous passerons en revue tous les contrats engageant l’État guinéen surtout ceux passé de gré à gré. Nous allons poursuivre les audits dans tous les secteurs la Banque centrale, au niveau des services d’impôts, du port autonome, de la Caisse nationale de sécurité sociale, de l’ANAFIC, des grands projets, sans oublier les financements des festivités de Fête tournante de l’Indépendance.

Notre deuxième axe prioritaire portera sur la justice. La justice sera le cœur de notre gouvernance, car l’injustice attise la haine

Nous demanderons aussi un éclaircissement sur le fonds perçu au cours de la signature du contrat Simandou (700 millions de dollars). Une fois élu, Mandiouf  Sidibé réduira dès sa prise de fonction le budget de la Présidence de 30 % avec effet immédiat et communiquera le salaire du président de la République à la population guinéenne.

Quelle politique souhaitez-vous mettre en place au niveau du développement local ?

En Guinée, les populations vivant à l’intérieur du pays sont presque oubliées. Nous envisageons dans ce sens de travailler avec toutes les parties prenantes. Nous allons associer à la prise de décision les représentants des différentes ethnies et des localités pour éviter que le pouvoir central ne soit vu comme venant seulement imposer un veto. Toujours au niveau du développement local, nous ferons en sorte qu’il y ait la redistribution des richesses.

Nous ferons en sorte qu’au moins 30% des impôts payés à l’Etat par les entreprises minières installées dans les localités reviennent directement aux localités pour leur permettre de réaliser elles-mêmes la construction ou la rénovation des infrastructures sociales de base.

Quel est votre regard sur le contexte sécuritaire en Afrique et en Afrique de l’Ouest ? Et quelles sont vos propositions dans ce sens? 

Aujourd’hui, c’est tout le monde qui est menacé par le terrorisme, y compris l’Afrique. Partant de ce constat le candidat Mandiouf Sidibé va poursuivre la réforme du secteur de la défense et de la sécurité pour renforcer la sécurité des personnes et de leurs biens.

Nous allons prévenir et lutter contre la radicalisation et le terrorisme, car nous avons aujourd’hui plusieurs groupes armés et groupes terroristes en Afrique de l’Ouest (AQMI, Boko Haram et tant d’autres). Nous allons augmenter la sensibilisation pour une éventuelle coopération entre les forces de défense, de sécurité et les populations, car c’est un élément sûr de sécurisation des personnes et de leurs biens.

Quelle est votre position sur la naissance de la nouvelle monnaie ECO ? Qu’est-ce que vous proposez en ce qui concerne la Guinée ?

Sur la question monétaire, j’aimerais commencer en disant que la monnaie unique est une monnaie partagée par plusieurs États et qu’elle remplace les monnaies nationales. Elle accompagne un processus d’intégration monétaire beaucoup plus poussée. Cette monnaie sera éventuellement gérée par une banque centrale.

Dans ce contexte, l’ECO aidera les pays de la zone monétaire ouest africaine, la ZMAO (Gambie, Ghana, Guinée, Sierra Leone et Nigeria) et les pays de l’Union économique et monétaire ouest africaine, l’UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, le Niger, Sénégal et Togo).

Nous préférons l’ECO, car elle représente une sorte de souveraineté pour l’Afrique de l’Ouest au contraire du CFA qui est une monnaie coloniale

L’ECO va donner à la Banque centrale des États de l’Afrique occidentale le même rôle régulateur que celui de la Banque centrale européenne. Elle ne restera pas sous le parapluie du Trésor français ainsi que celui des accords de coopération monétaire passés avec la France depuis 1945. L’ECO facilitera surtout la libre circulation des personnes et de leurs biens, réglera le problème de la non-convertibilité des monnaies locales et sa survie ne dépendra pas des décideurs extra-africains.

Il faut aussi rappeler que nous avons en Afrique de l’Ouest des réserves et des sous-sols riches en minerais. Cette richesse en minerais nous garantira la force de cette monnaie en termes de trésor. Cette monnaie ne sera arrimée à aucune autre monnaie.

Elle va garder son rôle normal. Elle va permettre aux citoyens et aux fonctionnaires vivant dans tous les pays de l’Afrique de l’Ouest de vivre et de bénéficier des mêmes avantages liés à l’utilisation de la monnaie. Nous préférons l’ECO, car elle représente une sorte de souveraineté pour l’Afrique de l’Ouest au contraire du CFA qui est une monnaie coloniale.

Quelle sera votre politique de promotion de la participation des femmes et des jeunes ?

Nous allons rajeunir et féminiser l’administration. La jeunesse est et continuera d’être au cœur même du programme de Mandiouf Sidibé. Les jeunes, représentant 63% de la population guinéenne seront et occuperont 60% des postes de décision en Guinée.

Les femmes seront aussi associées à la gestion du pays. Nous envisageons un gouvernement paritaire de 11 femmes et 11 hommes, car pour nous, les femmes sont au même niveau que les hommes. Nous ne pouvons pas nous développer sans les femmes, elles sont une partie intégrante et très importante de notre pays et de son développement.

Quelles sont vos propositions pour un processus électoral apaisé en Guinée ?

Nous avons constaté un manque de confiance entre les acteurs. C’est ce manque de confiance qui a été la base de la création d’une Commission électorale nationale indépendante. Alors, nous aimerions que cette indépendance se matérialise par une feuille de route de la transparence adressée à tous les maillons de la chaîne. Une élection transparente est une élection apaisée dont les résultats peuvent être acceptés par tous.

Crédit photo : guineelive.com

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