Les conséquences de la COVID-19 sont pires que celles d’Ébola

Les conséquences de la COVID-19 sont pires que celles d’Ébola

Les entretiens de WATHI – Les régions de la Guinée – Série Covid-19 – Focus Labé

Abdoul Gadiry Diallo

Abdoul Gadiry Diallo est enseignant-chercheur à l’Université de Labé, il est également doctorant en Droit public à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar

Lisez des extraits de notre entretien avec Abdoul Gadiry Diallo en attendant la publication prochaine du podcast.

Extraits

*Cet entretien a été réalisé le 06 juin 2020.

Quelle est la situation sanitaire relative à la Covid-19 à Labé?

En Guinée comme partout ailleurs, plusieurs dispositions ont été prises pour face à la pandémie, allant de la simple prudence à la fermeture des frontières. A Labé aussi l’étau s’est resserré. Face à la fragilité du système sanitaire, les autorités locales ont déployé d’importants efforts pour empêcher la propagation de la maladie à Labé. Surtout que l’on passe des contaminations importées de l’étranger et de Conakry à des contaminations par des autochtones. Le premier cas suspect dans la région a été recensé dans la préfecture de Lelouma, ce qui a créé des suspicions entre les populations. Une atmosphère de méfiance s’est installée entre les populations et il y a une rupture de la fréquentation entre les personnes dans la région.

Comment jugez-vous le respect et l’efficacité des mesures prises pour lutter contre la pandémie?

La pandémie mais surtout les mesures de riposte prises par les autorités impactent profondément la localité et les populations. L’éducation, le transport, le commerce et tant d’autres secteurs sont aujourd’hui affectés. Les conséquences de cette pandémie sont pires que celles d’Ebola en 2014 et 2015. Outre la menace que cela représente pour la santé publique, les bouleversements économiques menacent les moyens de subsistance et le bien-être à long terme de milliers d’individus.

Les populations craignent actuellement qu’il y ait une pénurie des produits sanitaires alors que des malades sont hospitalisés. C’est effrayant pour les populations. Ensuite, on craint qu’il y ait rupture des denrées alimentaires dans la région, ce qui pourrait provoquer une famine. Sur le plan de l’éducation, la fermeture des classes cloue les enfants à la maison, et les parents restent préoccupés ne sachant pas quand rouvriront les classes.

Quels sont les secteurs d’activités les plus touchés par le virus?

Etant enseignant, je commencerai par le secteur de l’enseignement. Ici à Labé comme ailleurs, on assiste à une fermeture temporaire des établissements pour essayer de contenir la maladie. Cette fermeture a impacté toute la population estudiantine de la région, elle a entrainé l’inactivité de cette couche estudiantine et à envoyer au chômage les enseignants du privé avec tout le lot de conséquences qui peut en découler. Récemment, les enseignants du secteur privé se sont regroupés dans des mouvements et ont menacé de boycotter la reprise éventuelle des cours si rien n’est fait pour faire face à leur situation précaire.

Dans le secteur du transport, il y a eu un arrêt quasi-total en raison de l’augmentation des coûts du transport elle-même concomitante à la réduction du nombre de passager par véhicule. Les passagers voyagent peu et les transporteurs font peu de profits. Le secteur du commerce aussi a été affecté par la réduction des déplacements interurbain et au niveau local pour assister aux marchés hebdomadaires.

Quelles leçons pouvons-nous tirer de cette crise sanitaire pour la localité de Labé et de manière générale quelles recommandations préconisez-vous pour sortir de la crise?

Les mesures prises par les autorités tant nationales que locales sont perçues par certaines populations comme un abus d’autorité. Certains agents des forces de l’ordre abusent sur l’application des mesures. Tout de même, d’autres trouvent que ces mesures sont nécessaires pour endiguer la propagation de la maladie même si certaines mesures limitent les droits et libertés des populations. Parlant de la prévention, il y a une observation partielle de certaines mesures comme les kits de lavage des mains, le port du masque (par peur d’être verbalisé).

Il faut par ailleurs louer les efforts du gouvernement et des partenaires dans la lutte contre la pandémie. Néanmoins, il conviendrait que les mesures proposées par le Chef de l’État soient assorties d’un plan d’action global (à court, moyen et long terme). Lequel plan devra être élaboré et géré de manière participative, transparente et inclusive en définissant le rôle des parties prenantes.

Avec la collaboration, la participation et le civisme de tous les citoyens la pandémie de Covid-19 pourra être vaincue dans la région administrative de Labé. Il faut mettre un accent particulier sur le civisme des populations et la sensibilisation par les ONG en appelant à une prise de conscience collective pour le bien de tous.

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