Rapport pays 2023 : GUINÉE, Mobiliser les financements du secteur privée en faveur du climat et de la croissance verte, Banque africaine de développement, 2023

Rapport pays 2023 : GUINÉE, Mobiliser les financements du secteur privée en faveur du climat et de la croissance verte, Banque africaine de développement, 2023

Auteurs : Ferdinand BAKOUP, Audrey CHOUCHANE, Guy-Blaise NKAMLEU, Richard A. DOFFONSOU, Tricia Effe BAIDOO 

Type de publication : Rapport 

Date de publication : 2023 

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Développements économiques récents et perspectives 

L’économie guinéenne est, depuis 2020, l’une des plus résilientes aux différents chocs externes en Afrique de l’Ouest. Cette évolution a été facilitée par l’expansion du secteur extractif (bauxite et or), la reprise progressive des activités non minières et des investissements réalisés dans le domaine des infrastructures. Elle a également été favorisée par une politique monétaire accommodante, assortie d’un soutien ciblé pour l’accès au crédit pour les activités fortement touchées par l’impact de la crise de COVID-19. Les perspectives à moyen terme sur la période 2024-2025 restent favorables avec une croissance moyenne du PIB de 5,5 %. Toutefois, le retour à une trajectoire d’avant la pandémie va être affectée par la récession de l’économie mondiale induite par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. 

Développements macroéconomiques récents 

Croissance économique. La Guinée continue d’enregistrer une croissance soutenue et marque ainsi sa résilience aux chocs sociopolitiques induits par la COVID-19, Ébola et l’invasion de l’Ukraine par la Russie ainsi qu’aux chocs climatiques. La bonne tenue de la production minière de bauxite, d’or artisanal et des exportations a atténué les impacts de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ce conflit a toutefois engendré une perturbation et une tension sur les approvisionnements en semences et intrants agricoles. La croissance du PIB a été estimée à la hausse, à 4,8 % en 2022, contre 4,4 % en 2021. 

 

Encadré 1 : Allocation des droits de tirages spéciaux (DTS) en réponse à la crise alimentaire.

La Guinée a bénéficié du Fonds monétaire international (FMI) d’un décaissement de 53,55 millions de droits de tirages spéciaux (DTS), soit environ 71 millions de dollars des États-Unis, au titre du nouveau guichet de financement des ripostes aux chocs alimentaires de la facilité de crédit rapide. Ce financement qui a été déboursé auprès de la Banque Centrale est mis à la disposition du Trésor. Il va répondre aux besoins urgents de financement de la balance des paiements, découlant de la crise alimentaire mondiale et des tensions à la hausse des prix internationaux des denrées alimentaires et des engrais.

Les DTS ont permis notamment à la Guinée, au terme de l’année 2022, et aux premiers mois de l’année 2023, de maintenir un niveau de réserves de changes brutes quasi-similaire à celui d’avant la crise de l’année 2019. La Guinée a également reçu de la Banque africaine de développement des ressources estimées à 23,5 millions de dollars, sous forme de dons et de prêts projet pour financer le projet de production alimentaire d’urgence dédié en partie à l’achat d’engrais et de semences agricoles. 

Pauvreté et contexte social

La pauvreté monétaire est en recul en Guinée, mais la COVID-19 reste un défi. L’incidence de la pauvreté en Guinée a baissé de 55,2 % en 2012, à 43,7 % en 2019 alors que le chômage suit une courbe en cloche, passant de 3,8 % en 2012 à 5,2 % en 2014 et 4,8 % en 2018. En outre, l’indice de Gini est passé de 0,32 en 2012 à 0,28 en 2019, mettant en exergue une réduction des inégalités. La baisse de la pauvreté a été plus forte en milieu urbain (13 %) qu’en milieu rural (9,3 %). Le taux de chômage est de 7,7 % chez les jeunes de 15 à 35 ans contre 4,8 %, au niveau national. Par ailleurs, le pays présente un taux élevé de sous-emploi global estimé à 38,2 % de la population occupée. 

L’impératif de la croissance et le rôle du financement du secteur privée en Guinée 

L’ambition de la Guinée de passer du statut de pays moins avancé à pays émergent à l’horizon 2040 doit prendre nécessairement en compte l’impératif de la croissance verte. La Guinée est classée dans le groupe de pays à forte vulnérabilité et à faible état de préparation face aux effets des changements climatiques. L’indice composite de l’Initiative d’adaptation mondiale de l’Université Notre Dame (ND-GAIN), qui tient compte à la fois de la vulnérabilité et du niveau de préparation, classait la Guinée au 146e rang sur 182 pays en 2020, avec un score de 39 points sur 100. 

Le pays affiche également une forte vulnérabilité en occupant la 151e place sur 182 pays. De même, la Guinée figure parmi les pays les moins préparés aux changements climatiques en occupant le 146e rang. Les impacts des changements climatiques entraîneraient des répercussions sur les ressources hydriques, l’hydroélectricité dont dépend le mix énergétique de la Guinée, l’agriculture qui occupe 80 % de la population active rurale et qui génère 70% de leur revenu, et l’ensemble de l’économie. 

Après deux décennies, la Guinée est revenue à un cadre de planification stratégique à moyen et long-termes et a intégré, dans son cadre de développement, les enjeux liés aux changements climatiques. 

Le secteur public est la principale source de financement climatique en Guinée

Pour certains pays africains, la plus grande partie du financement climatique provient des canaux privés, tandis que pour d’autres, il provient majoritairement des budgets nationaux. Parmi les sources de financement climatique mobilisées en Guinée figurent le budget national, le budget des collectivités territoriales, les bailleurs de fonds et partenaires techniques et financiers et le secteur privé. Sur la période 2019/2020, les financements globaux climatiques alloués par l’intermédiaire du gouvernement guinéen se montent à 258,57 millions de dollar US. De ce montant, 251,97 millions de dollars US (97,4 %) sont des financements publics budgétaires nationaux et internationaux. 

Le financement climatique de sources privées est estimé à 0,58 dollar US par habitant (habt), en Guinée, la plus faible valeur comparée à une moyenne de 3,91 dollars US/habt en Afrique de l’Ouest10. Pour financer les objectifs que la Guinée s’est fixée dans son Plan d’investissement climatique à horizon 2030, les financements requis sont évalués à 15,9 milliards dollars US, soit un montant annuel moyen de 1,44 milliard dollar US. Il se dégage un besoin de financement résiduel annuel de 1,18 milliard USD qui devrait être mobilisé auprès du secteur privé domestique et international, à travers des instruments alternatifs. 

Mécanismes novateurs de financement du secteur privé pour la croissance verte et l’action climatique

Le secteur privé guinéen est caractérisé par une forte polarisation entre quelques grandes sociétés multinationales dont la majorité sont des sociétés minières, des entreprises du secteur énergétique, des entreprises publiques nationales et des PME opérant dans le secteur agricole et forestier. 

Les entreprises internationales se financent aisément sur les marchés financiers internationaux et auprès des banques commerciales des pays de leur maison-mère à l’étranger. Cependant, le secteur privé domestique fait face à d’importants défis dans le cadre de la mobilisation de ses ressources financières et peine à matérialiser son engagement dans la mise en œuvre des CDN. Certains des mécanismes de financement innovant, présentés dans le Plan d’investissement des CDN 2021-2030 de la Guinée et que la Banque juge pertinents, pourraient être utilisés pour mobiliser des ressources en faveur de la croissance verte et de l’action pour le climat en Guinée. 

Obstacles aux investissements du secteur privé

Les obstacles structurels aux investissements du secteur privé en Guinée peuvent être classés en cinq groupes : (i) une gamme limitée d’instruments financiers par les institutions financières nationales, ce qui traduit la faible profondeur du marché financier ; (ii) des termes de financement inadéquats et parfois inaccessibles, (iii) un coût élevé du crédit pour tous les instruments confondus, (iv) une absence de financement de longue maturité en adéquation avec les besoins des projets d’atténuation et d’adaptation qui ont un long horizon de mise en œuvre ; et (v) un profil des risques des entreprises locales empêchant d’accéder à des financements à des termes abordables.

Pour pallier ce constat et élargir le champ sectoriel des investissements, le gouvernement a mis sur pied, en 2018, l’Agence de promotion des investissements publics (APIP) qui sert de guichet unique pour les investisseurs tant nationaux qu’étrangers. Dans sa mission d’impulsion de la politique monétaire et de change et de régulateur du secteur financier, la Banque Centrale de la République de Guinée étudie les opportunités d’approfondissement du marché financier par le biais de règlementations et de réformes appropriées, permettant de déployer les outils idoines d’une meilleure structuration du marché financier avec entre autres, un marché du carbone à travers un signal prix. Les options à l’étude incluent également la possibilité d’émission d’obligations vertes pour la mise en œuvre du Plan d’investissement climatique adopté en 2021. 

Recommandations stratégiques pour le financement du secteur privé en faveur des changements climatiques et de la croissance verte 

Renforcer la sensibilisation à la connaissance de la CDN et des investissements verts : sensibiliser davantage les parties prenantes nationales aux engagements de la CDN ; sensibiliser également les secteurs privé et financier à l’investissement dans les projets d’adaptation aux changements climatiques et d’atténuation de leurs effets. 

Baisser le risque perçu par le secteur financier : habiliter l’APIP a jouer pleinement le rôle de conseil financier des promoteurs nationaux de projets verts pour atténuer le risque et accroître les possibilités de financement bancaire.

Mettre en place des incitations fiscales à l’investissement. Des études de benchmarking auprès d’autres pays devraient précéder toutes les décisions, pour éviter d’importantes dépenses fiscales non-productives.

Renforcer l’écosystème financier national (BCRG, banques commerciales, APIP etc.) en fournissant les véhicules et produits financiers d’atténuation des risques dans les PPP et projets verts (exemple : les instruments de garantie partielle des risques). Le Groupe de la Banque africaine de développement et le Groupe de la Banque mondiale, à travers la Société financière internationale, peuvent y jouer un rôle de premier plan, en lien avec les autres PTF (AFD, BID). 

L’attribution des Contrats Pétroliers

Un Contrat Pétrolier est attribué et conclu sur la base d’une procédure d’appel d’offres international menée conformément aux dispositions de l’article 19 du code pétrolier. Dans des circonstances exceptionnelles basées sur l’intérêt national, il peut être dérogé à la procédure d’appel d’offres international et un Contrat Pétrolier peut être attribué et conclu selon une procédure de négociation directe. La décision de dérogation est prise par décret du Président de la République, sur proposition motivée et circonstanciée du Ministre en charge des Hydrocarbures sur recommandation de l’Administration Pétrolière. 

Le décret précise les blocs concernés, l’identité des demandeurs et les raisons pour lesquelles une procédure d’appel d’offres internationale ne peut être suivie. Le décret est publié sur le site internet de l’Administration Pétrolière et dans deux (2) journaux nationaux avant le début des négociations. La procédure de négociation directe doit être menée conformément aux dispositions de l’article 20 du Code pétrolier. Tout appel d’offre et toute négociation directe s’effectuent sur la base d’un Contrat Pétrolier type approuvé au préalable par décret du Président de la République et publié sur le site internet de l’Administration Pétrolière.

 

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